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Hannah Arendt

Colloque : « Vers un renversement du projet d'autonomie ? La démocratie radicale de Cornélius Castoriadis et ses défis contemporains »


Jeudi, 24 Avril, 2014 - 09:00 to 18:00

NB2 visio Bât. Bibliothèque

Colloque : « Vers un renversement du projet d'autonomie ? La démocratie radicale de Cornélius Castoriadis et ses défis contemporains », organisé par Manuel Cervera-Marzal  (ULB) et Éric Fabri (ULB).

Participants : Arnaud Tomès, Nicolas Poirier (Université Paris X), Philippe Caumières,

Romain Karsenty (Facultés universitaires Saint-Louis), Audric Vitiello (Université François Rabelais, Tours), Sophie Wustefeld, Yohan Dubigeon (IEP de Paris), Stéphane Vibert (Université d'Ottawa), Antoine Chollet (Université de Lausanne), Nathalie Frogneux (Université catholique de Louvain), Jean Vogel (ULB), Emanuele Profumi (EHESS), Eric Fabri (ULB), Manuel Cervera-Marzal (ULB / Université Paris-Diderot).

Programme

 

Vers un renversement du projet d'autonomie ? La démocratie radicale de Cornélius Castoria- dis et ses défis contemporains

Le projet d'autonomie est « une plante historique à la fois vivace et fragile ». Ces mots, écrits par Castoriadis voilà près de quarante ans, restent aujourd'hui d'une actualité prégnante. Les révolutions arabes et le renouveau des mouvements sociaux en Grèce, en Espagne, au Portugal et même aux États-Unis, témoignent de la multiplication des résistances démocratiques au désordre établi du capitalisme mondia- lisé. Pourtant, face à cette vivacité renaissante, la fragilité du projet démocratique n’en demeure pas moins grande : tant la montée des droites extrêmes et xénophobes, que celle des intégrismes religieux ou l'emprise persistante de l'imaginaire néo-libéral en témoignent sinistrement.

Ainsi, bien que le projet d’autonomie soit un des éléments constitutifs de la modernité occidentale, cette dynamique n'a rien d'irréversible et peut se voir étouffée par d’autres significations à caractère hétéro- nome. La disparition de la démocratie athénienne et, avec elle, de son ontologie autonome, fournit un exemple dramatique de ce renverse- ment toujours possible de la démocratie et du projet d'autonomie. Comme l'a souligné Castoriadis, la démocratie est le régime du risque permanent et se vit à travers son renouveau perpétuel. Mais si Castoriadis (et à sa suite nombre de ses commentateurs) n’a eu de cesse d’élucider tant les enjeux que les processus d’émergence et les conditions d’une société autonome, il n’a par contre accordé qu'une très faible attention au mouvement inverse, aux voies par lesquelles une société ou un individu autonomes peuvent basculer dans l’hétéronomie, ce que nous qualifions de « processus d’hétéronomisation ». Au vu des risques contemporains qui planent sur le projet d’autonomie, ce sont ces « processus d’hétéronomisation » que, dans ce colloque, nous explorerons sous une double approche théorique et pratique. Ainsi, nous tenterons d'abord, sur un plan théorique, de comprendre comment une société qui a une fois affirmé qu’il n’existait pas d’autre instance instituante de lois qu’elle-même, peut revenir sur cette affirmation et sombrer à nouveau dans l’hétéronomie. Ensuite, à l’aide de cette perspective théorique, nous dégagerons les enjeux actuels de l'hétéronomisation et nous exami- nerons les menaces portées au projet d'autonomie par d’autres dimensions également constitutives de l’imaginaire social-historique moderne. Enfin, nous espérons que les enseignements dégagés sauront enrichir la réflexion sur les voies d’action susceptibles de relancer le projet d’autonomie.

Cette réflexion s'inscrit dans les voies ouvertes par Castoriadis. En effet, à la fin de sa vie, le philosophe s’est montré très critique envers différentes dimensions de l’imaginaire moderne qu’il a pu juger « hétéronomisantes ». Parmi celles-ci, nous nous concentrerons sur :

1) le fétichisme de la raison : comment la raison, signification imaginaire sociale fondamentale dans l'œuvre émancipatrice des philosophes des Lumières, a-t-elle pu se transformer en volonté « d'expansion illimitée de la maîtrise rationnelle », autrement dit en vecteur d'oppressions technocratiques et capitalistes ? Les techno- sciences sont-elles au service de l'émancipation ou ont-elles définiti- vement basculé du côté de l'hubris ? Et l'écologie incarne-t-elle encore une forme de résistance aux techniques hétéronomisantes ou ne risque-t-elle pas elle-même de dériver vers ce qu'André Gorz nommait l'écofascisme ?

2) l'ambivalence des régimes politiques libéraux : comment comprendre la difficile coexistence, au sein de la tradition et des régimes politiques contemporains, que Castoriadis qualifie d’oligarchies libérales, de deux tendances a priori opposées que sont l'élitisme (qui confie le pouvoir à une élite de professionnels de la politique et de représentants du peuple) et l'individualisme (qui garantit une protection effective des libertés individuelles) ? Le désintéressement structurel des citoyens à l'égard de la chose publique reflète-t-il la fin de l'affect politique et, par conséquent, du projet d'autonomie ?

3) la bureaucratisation des luttes et des organisations du mouvement ouvrier : la dégénérescence bureaucratique de la révolution russe ainsi que celle des syndicats et des partis socialistes et, plus récem- ment, des organisations altermondialistes, est-elle le signe d'une loi d'airain de l'oligarchie ? L’autonomie est-elle condamnée à n’être que « locale » ou peut-elle s'étendre sans se corrompre ?

4) l’imaginaire capitaliste et néo-libéral en tant que tel : comment l'utopie capitaliste d'Adam Smith (celle d'un régime économique composé d'agents autonomes et d'un marché où régnerait la souve- raineté des consommateurs) s'est-elle effacée devant l'instauration d'un capitalisme oligopolistique générateur d’inégalités multiples et hautement politiques. La dé-politisation des prises de décision et son déplacement vers la sphère des marchés, ainsi que la sacralisation de l'imaginaire néolibéral ne portent-ils pas un coup fatal au projet d’autonomie ?

En s'inscrivant dans l'un de ces axes (ou en partant de tout autre processus d'hétéronomisation observé), chaque communication du colloque s'efforcera de combiner deux dimensions, puisqu'un examen attentif de la pensée de Castoriadis servira de point d'appui théorique au traitement d'une question au contenu plus historique, sociolo- gique ou politique, portant sur les processus d'hétéronomisation à l’œuvre dans les sociétés occidentales. Autrement dit, il s'agira d'entrer dans l'univers conceptuel castoriadien (sans s'interdire de le prolonger, l'amender, le critiquer) afin d'y puiser des ressources théoriques susceptibles d'éclairer des problèmes concrets, qui ne sont pas nécessairement ceux que Castoriadis lui-même affronta.

Programme des activités Jeudi 24 avril :

Matinée Présidence : Justine Lacroix

De la possibilité de la démocratie radicale

9h-9h30 ; introduction

9h30-10h : Yohan Dubigeon, « Entre spontanéisme et substitutisme : le conseillisme en quête de l'étroit sentier de l'auto-émancipation »

10h – 10h30 : Manuel Cervera-Marzal, « La dégénérescence du projet d’autonomie à travers l’expérience de la révolution russe de 1917 ».

10h30-10h45 : pause café

10h45-11h15 : Antoine Chollet, « Instituer l'autonomie : la démocratie directe à l'épreuve de sa pratique »

11h15 -12h : discussion 12h-13h : pause déjeuner

Après-midi Présidence : Jean-Yves Pranchère

Le capitalisme comme vecteur d’hétéronomie ?

13h-13h30 : Arnaud Tomès, « La fascination de la marchandise ». 13h30-14h : Jean Vogel, « les dynamiques du capitalisme

chez Castoriadis ».

14h-14h30 : Eric Fabri, « Autonomie, affect, chaos : réflexions sur l’« hétéronomisation » et les différents atours du projet de maîtrise ».

14h30-15h15 : Discussion 15h15-15h30 : pause

Les défis d’une éducation à l’autonomie

15h30-16h : Sophie Wustefeld, « Capitalisme et éducation : la montée de l'insignifiance ? »

16h-16h30 : Audric Vitiello, « Devenir autonomes ? L'éducation entre formation et conformation »

16h30 – 17h : Discussion.